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Le jeton à la pyramide de Charles de Lorraine, archevêque de Reims.

Cet article est paru dans le Bulletin de la Société Française de Numismatique, Janvier 1995.

En 1634 fut publié le très célèbre ouvrage de Jacques DE BIE, les familles de la France illustrées par les monumens des médailles anciennes et modernes. Ce volume, agrémenté de nombreuses planches, est le premier à illustrer un jeton du cardinal Charles de Lorraine qui comporte au revers une sorte de pyramide (Page 26, N° VI et illustration du revers sur la première planche de l'ordre sommaire des cardinaux francois originaires ou bien-venus dans le royaume pris sur leurs medailles d'or argent et bronze, fig.1). Ce jeton a été, par la suite, plusieurs fois décrit et répertorié (L. MAXE-WERLY, essai sur la numismatique rémoise, Paris, 1862, pl.VII, N° 2 (figure 2) ; F. FEUARDENT, Jetons et méreaux depuis Louis IX jusqu'à la fin du consulat de Bonaparte, Paris, 3 volumes, 1904-1915, N° 7917 à 7919 ; J. FLORANGE, Jetons des maisons de Lorraine-Vaudémont et de Lorraine-Guise, Paris, 1922, N° 301 ; P. CORRE, Corpus de jetons armoriés de personnages français, Paris, 1986, N° 2245 et 2246). La lecture d'un ouvrage historique nous a permis de mettre en parallèle la description d'un monument et le revers de ce jeton qui reçoit ainsi une nouvelle interprétation (fig.2).

Au droit, ce jeton présente un écu aux armes de la famille de Lorraine-Guise et timbré du chapeau de cardinal posé sur une croix. La légende présente les titres de Charles de Lorraine, archevêque et duc de Reims :

+CAROLVS:CARDI:DE:LOTH:ARCH:DVX:RHEM

Au revers, ce jeton présente une pyramide posée sur deux pieds léonins et surmontée d'un globe et d'un croissant. Autour de la pyramide s'enroule un lierre. La légende est la suivante :CRESCAM:ET:TE:STANTE:VIREBO: ("je croîtrai et, aux yeux de tous, me couvrirai de verdure").

Pour Maxe-Werly, il s'agit peut-être là d'un obélisque qui se situait au faîte de l'église de Saint-Nicolas, près de Nancy, avant un incendie qui eut lieu en 1635.

Nous ne nous attacherons pas à la description qu'en a donnée Florange (Vigne grimpant autour d'un tuteur) alors que De Bie avait donné une interprétation plus symbolique et très intéressante de ce revers : La pyramide à trois angles icy representée & posée sur un piedestat, est environnée, dez le bas jusques au haut, d'un lierre verdoyant, lequel naturellement rampe à terre, ne pouvant s'eslever de soy-mesme que difficilement. Mais s'il rencontre un mur, un arbre, ou autre chose solide eslevée, alors il se pousse & se redresse par dessus tout ce qui est autour de luy. Pour signifier par le cardinal nommé, qui fut archevêque & duc de Reims, premier pair de France ; qu'il esperoit se maintenir en force et vigueur sous la favorable et puissante protection du roy Henry II.

En réalité, une interprétation nouvelle de ce revers nous a été fournie par la lecture de la biographie de Henri II due à Ivan Cloulas (Ivan CLOULAS, Henri II, Fayard, 1985, p.154). Ce revers fait allusion au sacre de Henri II à Reims en 1547. Le 25 juillet 1547, Henri II fait son entrée à Reims pour la cérémonie de son sacre. Il traverse alors la ville qui n'est qu'un immense spectacle de décors et de théâtres.

Charles de Lorraine, archevêque et duc de la ville s'est associé personnellement à ce triomphe royal et, nous citons Ivan Cloulas : Il a fait élever devant le palais archiépiscopal une pyramide de quarante-quatre pieds de haut "et, sur icelle, une sphère d'or couronnée d'un grand croissant argenté". Autour de la pyramide court en grandes lettres capitales l'ambitieuse devise de l'archevêque : Crescam et testante, virebo.

Ce texte éclaire donc d'un jour nouveau l'interprétation de ce jeton car, force est de constater que la description d'Ivan Cloulas correspond parfaitement à ce revers (Il convient aussi de noter que le revers de ce jeton présente parfois une seconde légende associée avec les millésimes 1571 ou 1573. Cette légende est la suivante : ADHAESIT.ANIMA.MEA.POST.TE ce qui signifie "mon esprit s'est attaché après toi". Il s'agit là, bien évidemment, d'un témoignage de la fidélité du cardinal envers le roi Henri II. Références : FEUARDENT, op.cit., N° 7920 et 7921 ; FLORANGE, op. cit., N° 302 et 303 ; CORRE, op. cit., N° 2247 et 2248). Cette bien étrange pyramide n'est donc en réalité qu'un décor dressé pour le sacre de Henri II en 1547.

Stéphan Sombart

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