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Une fabrication de deniers parisis à Laon en 1457.

Cet article est paru dans le Bulletin de la Société Française de Numismatique, juin 1998.

Alors que les travaux de F. de Saulcy avait montré dès 1887 (F. De Saulcy.- Recueil de documents relatifs à l'histoire des monnaies frappées par les rois de France.- Tome III (1422-1497), Mâcon, 1887, p.209, 211, 214 et 215) l’existence d’un atelier monétaire à Laon dans les années 1456-1457 du règne de Charles VII, les monnaies qui y furent fabriquées ne reçurent d’attribution qu’en 1934 grâce au Dr J. Bailhache (Dr J. Bailhache.- Recherche sur les ateliers monétaires de Charles VII.- Courrier Numismatique, VIII, décembre 1934). Celui-ci a attribué à Laon un blanc à la couronne de la 4e émission (molettes en ponctuation) laissé à un atelier indéterminé par Dieudonné en 1932 dans son "Catalogue des monnaies françaises de la Bibliothèque nationale" (A. Dieudonné.- Les monnaies capétiennes ou royales françaises.- 2e section, Paris, 1932, N°1610). Cette monnaie est désormais bien connue, ainsi qu’un écu d’or du même atelier dont il est intéressant de noter qu’il ne peut s’agir que de la 7e émission du 26 juin 1456. Cette émission ne diffère de la 6e que par la taille de 71 pièces au marc contre 70 précédemment et il est pratiquement impossible de faire une distinction entre les deux émissions. Toutefois, la 7e émission de l’écu d’or correspond à la 4e émission du blanc à la couronne et il était prescrit pour celui-ci un différent consistant en une ponctuation par molettes " esquels deniers d’argent grands blancs et petits dessusdits a été ordonné pour différence des autres auparavant fait, mettre entre les mots d’iceulx deniers à croix et à pille une molette " (Saulcy, III, p.207). Jusqu’alors, seuls des écus de Bordeaux (avec molettes en ponctuation) et de Crémieu (qui retourne en la main du Roi en 1457) pouvaient être attribués avec certitude à la 7e émission. L’écu d’or fabriqué à Laon ne présente pas les molettes en ponctuation mais il est indéniablement de la 7e émission, l’atelier ne fabriquant pas avant février 1457. Il présente par contre une croisette initiale, comme sur le blanc fabriqué à Laon, alors que les textes prévoient normalement une couronnelle initiale pointée.

Nous vous présentons maintenant un denier parisis de Charles VII, lui aussi attribuable à l’atelier de Laon. Cette monnaie qui pèse 1,33 g. se décrit comme suit :

KA[ROLV]S (molette) REX (différent)

+PARISIV[S (molette)]CIVIS (molette) (différent)

Au droit, le mot FRAN couronné, sur une barre (la présence d’une barre serait un moyen de distinction des exemplaires de Charles VII de ceux de Charles VI). Au revers, une croix fleurdelisée. Les A ne sont pas barrés. La présence des molettes en ponctuation indique bien que cette pièce est d’une fabrication postérieure au 26 juin 1456. Il s’agit donc d’un denier parisis qui correspond à la 2e émission du 20 janvier 1447 (Dr J. Bailhache.- Le denier parisis de Charles VI à Louis XII.- RN, 1916, p.53-76 et pl.III). Cette 2e émission se caractérise notamment par " un petit point dedans le O de la lettre quelque part qu’il soit, tant devers la croix comme devers la pille, et pour ce que es deniers parisis n’a point de O du costé de la croix, est ordonné estre mis ung pareil point au dedans de la petite couronne qui est au commencement de la lettre pareillement que es deniers d’or " (Saulcy, III, p.186-187). Notre exemplaire ne répond qu’imparfaitement à cette description car il possède une croisette initiale au revers comme pour les deniers parisis de Charles VI et non pas une couronnelle (L'exemplaire du denier parisis de Poitiers, Marchéville 2044 serait plutôt de Charles VI, Dy.398B ou C). Pourtant, les molettes en ponctuation ainsi que la barre sous FRAN au droit, ne laissent aucun doute sur son attribution à Charles VII. Peut-on parler d’une 3e émission du denier parisis de Charles VII dont les différents seraient une croisette initiale au revers et les molettes en ponctuation ?

Nos recherches pour retrouver d’autres exemplaires présentant les mêmes caractéristiques nous ont conduit à un exemplaire du Cabinet des Médailles. Cet exemplaire, autrefois classé à Charles VIII, a été décrit et illustré par Bailhache, qui l’a reclassé au règne de Charles VII (Dr J. Bailhache.- le denier parisis....- p.70-71 et pl.III, fig.6 et A. Dieudonné.- op. cit.- N°1622). Après avoir été examiner cet exemplaire, nous pensons que celui-ci est aussi de l’atelier de Laon bien que son état de conservation moyen ne permette pas d’en être totalement certain. Son poids est de 1,22 g. Son style est très proche de notre exemplaire, les A ne sont pas barrés comme sur le premier exemplaire, la ponctuation est identique. Nous avons aussi été frappé par la description du N°2047 de la vente Marchéville qui, là encore, pourrait être de Laon, mais la description en est incomplète. Il présente bien les molettes en ponctuation et la croisette initiale au revers. Le reste est incertain.

Au total, nous pourrions donc voir dans ces monnaies un denier parisis de Charles VII, d’une fabrication spéciale à l’atelier de Laon (3e émission ?, 1457), avec une croisette initiale au revers ce qui semble être une particularité de Laon (comme sur l’écu d’or) et une ponctuation par molettes. Nous n’avons malheureusement pas connaissance des comptes de Jacques du Puys, maître de cet atelier, qui seuls pourraient confirmer cette hypothèse.

Stéphan Sombart

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