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Un faux demi-écu 1713 de l'atelier de Reims

Cet article est paru dans le Bulletin de la Société Française de numismatique, juin 1992.

Nous avons eu l'occasion d'acquérir récemment un demi-écu aux trois couronnes (Droulers N°380), de l'atelier de Reims et d'une authenticité douteuse. En effet, cette monnaie, frappée en 1713, se singularise à plusieurs titres.

- Le style de cette monnaie est grossier : le portrait de Louis XIV n'a pas la finesse habituelle qui caractérise les poinçons de Norbert Röettiers. L'épigraphie est inhabituelle et très fine. Au total, l'allure générale semble étrange.

- Le poids de cette monnaie est de 15,295 grammes et est exact mais son module est de 31,5 mm, ce qui est faible. La tranche de cette monnaie est normalement inscrite et ne présente pas d'anomalies.

- Le différent du revers est celui de Pierre De La Haye, fils, graveur depuis le 5 septembre 1709. Il succéda à son père, Pierre De La Haye, graveur de 1690 jusqu'à son décès en octobre 1708. Le père et le fils ont, jusqu'ici, été confondus (Ainsi par Pierre Prieur dans sa contribution à l'étude de la Monnaie de Reims, dans la Revue Numismatique de 1950), ils sont en effet homonymes et le fils adopte le même différent que son père. Ce différent est constitué de deux losanges emboîtés. A l'avers, le trèfle sous le buste est le différent de Jean Hindret, directeur. Hindret fut directeur de la Monnaie de Reims du 21 janvier 1690 au 9 octobre 1695, date de son décès. Lui succédèrent, Jean Lagoille, directeur jusqu'au 19 janvier 1713, puis Louis Lagoille, son fils, de 1713 à 1723. Tous deux adoptent le même différent, un gland situé en fin de légende à l'avers. Le trèfle est donc, sur cette monnaie, anachronique, et en retard de 18 années !

Enfin, fait étrange, les chiffres des deniers emboîtés sont connus pour 1713 (Archives départementales 27 B 33) mais ils ne mentionnent aucune frappe de demi-écus, ni d'ailleurs en 1714. Le demi-écu de 1714 est pourtant, lui aussi, signalé.

Deux exemplaires seraient présents dans le trésor de Neerwinden (F. Droulers, Les trésors de monnaies royales, Paris, 1980, p.223), trésor dont l'inventaire a été dressé sommairement par un expert belge (Ce trésor, contiendrait aussi, rappelons le, le seul exemplaire connu du demi-écu aux trois couronnes à l'effigie de Louis XV). Il est très significatif de noter que Neerwinden est un petit hameau des Pays-Bas. En effet, les demi-écus 1713 et 1714 frappés à la lettre de l'atelier de Reims sont probablement des faux frappés aux Pays-Bas.

Ces monnaies sont à rapprocher du faux louis 1722 S présenté par Pierre Prieur en 1950 (Pierre Prieur, faux louis aux deux L 1722 S, BSFN, mai 1950), du faux louis 1702 S, conservé au Cabinet des médailles qui porte lui aussi le trèfle de manière anachronique (Jean Lafaurie, Un faux louis 1702 S, BSFN, juillet 1951), ainsi que d'un étrange louis 1694 S passé récemment en vente sur offres (Vente sur offres de Claude Burgan, du 16 décembre 1989, numéro 74 : Louis aux 4 L sans les différents). L'atelier rémois apparaît ainsi comme une cible des faux-monnayeurs installés aux Pays-Bas (G. Bigwood, Fabrications clandestines de monnaies d'or françaises sous l'empereur Charles VI dans les Pays-Bas autrichiens, Revue Belge de Numismatique, 1903), tel que l'a aussi été l'atelier à la lettre R entre 1690 et 1715 (F. Droulers, Les fausses monnaies portant lettre R frappées sous Louis XIV dans la période 1690-1715, BSFN, avril 1979). Les faux-monnayeurs ont contrefaient les espèces françaises d'après des originaux frappés à Reims du temps de Jean Hindret. Ils ont procédés ainsi au moins jusqu'en 1713/1714, date à laquelle ils continuent d'appliquer le trèfle qui permet aujourd'hui de les confondre.

Stéphan Sombart

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