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PREMIÈRE PARTIE : La monnaie au Moyen-âge finissant.

Entre 1450 et 1565, la plus grande partie des pays d'Europe se dotent d'une nouvelle monnaie. Ce qu'il convient d'appeler le monnayage moderne apparaît et succède aux monnayages médiévaux européens.

A partir de ce constat, il nous a semblé intéressant d'étudier et de définir dans quelles conditions et sous l'influence de quels facteurs, cette évolution s'est réalisée.

Au préalable, un retour sur la définition de la monnaie s'impose. La monnaie du Moyen-âge tardif définie, nous nous interrogerons sur les transformations qu'elle subira à l'époque de la Renaissance et nous tenterons de donner quelques aspects concernant la monnaie moderne à la Renaissance.

A/ La monnaie : une définition.

La monnaie peut se définir par les trois caractéristiques suivantes :

* un support -le métal- qui en fait un outil économique.

* une iconographie -la représentation au droit et au revers, ainsi que la légende- qui peut en faire un outil de propagande.

* un enseignement sur les techniques de monnayage.

De ces trois aspects, seuls les deux derniers feront l'objet de cette étude, car le premier aspect -la monnaie comme agent économique- a déjà été largement traité (Boyer-Xambeu, M.-T. et Deleplace, G.- Monnaie privée et pouvoir des princes.- Paris : CNRS, 1986).

L'art et la technique de la monnaie seront donc au centre de notre étude.

La partie Art nous amènera à étudier l'idéal esthétique exprimé dans les monnaies.

La partie Technique nous renseignera sur les procédés employés pour produire une œuvre, en l'occurrence la monnaie.

Surtout, il s'agit de déterminer quelles sont les transformations de la monnaie dans ces deux concepts de création artistique et d'ouvrage technique qui se réunissent pour faire de la monnaie une œuvre d'art.

Ces remarques préliminaires posées, attachons nous désormais à la monnaie médiévale et tentons de définir ses caractéristiques internes.

B/ La monnaie médiévale : l'aspect technique.

Du point de vue de la technique, la monnaie médiévale est figée dans son évolution par un certain nombre d'éléments.

1) La pénurie de métal précieux limite la diffusion et la taille des monnaies.

A la période du haut Moyen-âge, caractérisée par le tremisse ou triens d'or, succède, dès les carolingiens, la période du denier d'argent.

Celui-ci est fixé par Charlemagne sur le continent et par Offa en Angleterre. Il sera quasiment la seule monnaie émise pendant plusieurs siècles. Les poids de ces monnaies restent faibles : le denier est d'un poids moyen de 1,7 g. sur le continent et de 1,4 g. en Angleterre.

Puis, à la suite d'altérations successives, le denier, au XIIe s., n'est plus adapté au commerce. En France, le denier de Philippe Auguste ne pèse plus que 0,3 g. d'argent et 0,4 g. à Venise, mais à un titre de 150 %. soit 0,1 g. d'argent fin !

La situation était à son paroxysme en Italie et c'est là, à Venise, que fut créé le ducat d'argent en 1201 avec une valeur de 20 deniers et un poids de 2,1 g. Puis, Milan, Gênes, Vérone, Parme, Bologne, Reggio, et d'autres introduisent leur grosso d'argent, de poids moyen compris entre 1,5 et 1,7 g. d'argent.

Toutes ces espèces sont donc encore très légères et, à partir du milieu du XIIIe s., des gros plus lourds sont introduits. Ce sont ces gros qui atteignent ensuite la France en 1266 (4,219 g.), l'Espagne où le gros catalan est battu à Barcelone dès 1275, puis la Bohème en 1300 grâce à l'exploitation des mines de Kutna Hora près de Prague (d'où son nom : Pragergroschen). En 1339, c'est au tour des ducs de Saxe, aussi margraves de Meissen, de produire le meissergroschen grâce aux mines de l'Erzgebirge ("Monts métalliques"). L'Allemagne du nord, plus tardivement, introduit le gros vers 1340. En Ecosse, le gros apparaît en 1357 puis, en Angleterre, le gros s'impose en 1361.

Parallèlement, l'or est aussi restauré dès le XIIIe s. Jusque là, l'or en circulation est d'origine arabe ou byzantine et c'est naturellement en Sicile, zone de contact, qu'est créée la première pièce d'or. Il s'agit de l'augustale de Frédéric II frappé à partir de 1231. Puis, le florin est créé à Florence en 1252, le genovino à Gênes en 1252, le ducat à Venise en 1284. En Angleterre, la pièce d'or de 20 pences est inaugurée en 1257 et en France l'écu d'or de Louis IX est forgé en 1266. En Europe centrale, le florin s'impose et est notamment frappé en Hongrie dès 1325.

Le poids de ces monnaies, faible par nécessité, conditionne leur évolution physique. Les diamètres et épaisseurs en sont réduits.

L'épaisseur est très mince et fait de la monnaie une sorte de "feuille de métal" qui peut se plier sous la force manuelle. Le motif d'une face de la monnaie peut aussi transparaître sur l'autre face de celle-ci.

2) Autre caractéristique des monnaies médiévales : leur fabrication reste artisanale.

La technique de frappe se fait à la force humaine, c'est-à-dire "au marteau".

Ces opérations de monnayage au Moyen-âge sont relativement bien connues :

- par l'examen des monnaies elles-mêmes.

- par l'examen des outils de fabrication qui ont été conservés.

- par les traités sur les monnaies qui se développèrent au XVIIe s. Le monnayage artisanal au marteau perdura en France par exemple, conjointement avec le balancier jusqu'en 1652 et est ainsi connu.

- par les sources iconographiques : bas-reliefs, gravures, vitraux qui représentent les opérations de monnayage.

Ces opérations de fabrication des monnaies consistent en une série d'étapes techniques.

* La première de celles-ci est la fonte des métaux qui ont été préalablement amassés sous forme de lingots, puis mis en morceaux. Le métal en fusion est alors "jetté en rayaux", c'est-à-dire coulé dans des moules formant des plaques qui étaient ensuite découpées en bandes, puis en flans carrés. Ces carrés sont ensuite cisaillés en forme d'octogone puis battus pour devenir ronds. En Angleterre, les flans carrés sont empilés et maintenus par une pince, puis on arrondit la tige ainsi formée.

Il existait aussi une méthode consistant à couler le métal dans des moules ronds qui permettent d'obtenir directement des flans. La largeur des moules est bien entendu d'une largeur adaptée au poids des monnaies à obtenir.

En second lieu, il faut préparer les instruments d'estampage des flans que l'on appelle des coins en français, dies en anglais, ou prägestempel en allemand. Il y a deux coins : le premier est la pile (bottom die) munie d'une soie pour la ficher dans un billot de bois. Elle est fixe et on pose le flan sur elle. On pose ensuite sur le flan le trousseau (trussel) que l'on tient d'une main et l'on frappe dessus avec un marteau tenu dans l'autre main.

Il convient de noter que la force du coup est proportionnelle à la taille du flan que l'on frappe. Toute évolution du poids d'une monnaie dans des conditions importantes -et la "révolution monétaire" de la Renaissance en sera- risque d'atteindre un jour les limites de la force humaine.

C/ La monnaie médiévale : aspect esthétique

Le thème représenté sur les monnaies à l'époque médiévale peut être qualifié de "symbolique". Cet adjectif est en effet celui qui convient le mieux pour définir les expressions médiévales exprimées dans la monnaie.

Lors du payement de sa rançon, Jean le Bon émit en 1360 un franc à cheval. Le nom de cette espèce signifie que, grâce à elle, le roi serait "franc", c'est-à-dire libre. La représentation du roi semble indiquer qu'il se prépare à la revanche militaire.

Les monnaies médiévales nous montrent ainsi des thèmes qui sont toujours stylisés et qui peuvent représenter le souverain dans sa fonction (sur son trône tenant le sceptre et la main de justice) mais jamais comme individu ou comme une quelconque marque de pouvoir personnel. Les monarques ne sont pas personnifiés, mais représentés en majesté, dans la plénitude de leur fonction régalienne.

Un autre thème est couramment utilisé : la représentation religieuse, comme l'agnel qui est fabriqué dès 1311 pour Philippe IV. Ces trois fils -Louis X, Philippe V et Charles IV- reprendront ce type. La légende rappelle et confirme le symbole de l'agneau pascal : + AGN' D'I QVI TOLL' PCCA MVDI MISERERE NOB' (AGNVS DEI QVI TOLLIS PECCATA MVNDI MISERERE NOBIS "agneau de Dieu qui enlève le péché du monde, prends pitié de nous" Évangile selon Saint Jean 1-29)

Les caractères employés dans la légende sont onciaux ou gothiques et souvent constitués par un assemblage de poinçons.

Le caractère romain tel que nous le connaissons aujourd'hui n'existe pas et ne fera son apparition qu'à la renaissance.

Les précisions dans cette légende sont faibles : la date est absente de la monnaie, le numéro d'ordre du roi aussi.

La monnaie médiévale est une monnaie figée depuis des siècles avec l'ère du denier, puis l'ère du gros. Au XVe s., une évolution, radicale cette fois, va profondément modifier la nature de la monnaie en Europe.


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